QUELQUES MOTS SUR L'ARTISTE
Luma R. Brieuc est une photographe et artiste-henné professionnelle vivant à Montréal (Québec). Depuis les derniers dix ans, elle capte l'éphémère et l'inattendu avec son appareil photo et couvre les corps de ses belles oeuvres au henné.
Qu'est-ce qui vous a amené à la photographie?
J'ai commencé à faire de la photo presqu'en même temps que le henné, vers la fin de l'an 2000. C'est un vieil ami qui pratiquait la photo qui m'a initié à cet art. La photographie joue deux rôles importants pour moi : le premier est de me permettre de montrer mon art au henné d'une manière innovatrice et selon ma vision. L'autre est de pouvoir explorer ma créativité comme aucun autre médium me le permet en ce moment. Pour moi, il n'y a rien de plus grisant que de me retrouver au milieu de l'action, sentir que quelque chose va se passer et d'arriver à capter l'essence de ce moment éphémère.
Quel a été votre premier contact avec l'art au henné?
C'était au début de l'automne 2000. Je me promenais dans une librairie de livres usagés et je suis tombée sur un livre traitant de l'art traditionnel au henné. Dès que j'ai vu ces motifs si fins et si détaillés, tous plus beaux les uns que les autres, ça a été le coup de foudre! Je savais qu'il fallait que j'apprenne cet art. J'ai donc commencé à faire des recherches, à expérimenter avec le henné et rapidement je me suis découvert un talent inné. Après un certain temps, j'ai voulu aller plus loin dans mes créations que de simplement faire du henné sur les mains et les pieds, comme cela se fait encore traditionnellement. J'ai commencé à créer des motifs plus grands, mais toujours avec autant de détails et qui couvraient une partie plus large du corps. Pour moi, c'était une façon beaucoup plus intéressante de créer avec le henné et de le sortir des sentiers battus.
Quelle forme d'art pratiquiez-vous avant de faire de la photographie et du henné?
J'ai passé presque 10 ans à étudier le chant, le piano et la guitare. À ce moment là, je pensais poursuivre une carrière en musique en tant qu'auteure-compositeure-interprète. J'ai toujours eu une passion pour la musique, mais j'avais aussi une relation d'amour et de haine avec elle qui me laissait souvent avec un sentiment d'insatisfaction au niveau créatif. Ce n'est que lorsque j'ai commencé à explorer la photographie et le henné, qui sont des formes d'expression plus visuelles, que je me suis sentie plus proche de qui j'étais comme artiste.
Vos photos dégagent une grande qualité d'intimité; comment se développe la relation entre vous et le modèle?
Lorsque je dessine un motif au henné sur un modèle, c'est toujours une expérience privilégiée, car pour que la création au henné puisse prendre vie, elle a nécessairement besoin du corps, particulièrement de la peau comme canevas. Donc, il y a une intimité immédiate qui est créé par la forme d'art elle-même. Et malgré le fait que parfois je connais peu la personne qui pose pour moi, il y a une connexion mutuelle et une confiance qui s'installent rapidement. En ce qui concerne le choix de quel modèle portera quel motif, il demeure très sélectif. Je dois sentir que la personne « correspond » bien à l'oeuvre au henné que je veux créer et photographier.
Quelles sont vos inspirations en tant photographe et artiste-henné?
Pour la photo, je suis très influencée par les grands photographes tel que Edouard Boubat, Cartier-Bresson, Helen Levitt, Imogen Cunningham pour n'en nommer que quelques-uns. J'admire beaucoup la capacité qu'ils semblaient avoir à demeurer dans une ouverture de l'esprit, du coeur et de l'être, face au quotidien de la vie qui les entourait. Pour ce qui est du henné, il y a beaucoup de choses qui m'inspirent : un vêtement haute-couture, un design inusité sur un t-shirt, les motifs entrelacés d'un portail en fer forgé, etc. En fait, j'ai toujours sur moi une petit calepin pour que je puisse recopier un motif qui aurait attiré mon attention.
Quelles sont les valeurs que vous cherchez à approfondir et partager dans votre travail artistique?
L'intention. Avoir une intention précise donne toujours une direction précise. Elle nous indique le chemin à prendre afin de pouvoir créer selon notre vision première.
L'ouverture. Vivre dans une ouverture du coeur contient sa part de risques, mais, je crois que de ne pas le faire nous empêche d'être vraiment authentique. Vivre sans cette ouverture garde à l'écart l'inspiration, l'intuition, l'amour et nous coupe des « insights » qui souvent nous permettent de creuser plus loin et de découvrir quelque chose de plus lumineux de notre être.